Audrey Guimard sculptrice Valentine Gauthier

Enfant je dévorais les livres sur l’Egypte Ancienne, les trésors de l’Antiquité, les biographies d’artistes, les herbiers médicinaux et ouvrages sur les minéraux.
Je passais mon temps libre, à cheval dans la montagne, sur des skis en hors-piste, au bord des lacs, des rivières et sur des bateaux.

La solitude heureuse comme point de départ.

Il y a un proverbe russe qui dit « on peut beaucoup nourrir le loup mais il regarde toujours la foret », je pense profondément que nos illuminations d’enfants nous rappellent sans cesse. Si nous les honorons en étant en pleine possession de nos moyens d’adultes nous sommes au plus proche de notre âme et par rayonnement nous sommes plus juste avec les autres.

Comprendre d’où l’on vient, que l’on fait partie d’un tout, qu’en étant ouvert, humble, intègre, généreux, créatif , solidaire, bienveillant mais aussi exigeant et juste, les cercles s’ouvrent et nous nous répondons tous comme dans une grande chorale.

Je réponds à une impulsion de vie, je ne sais pas où elle me mènera mais le chemin est excitant, éprouvant aussi, mais les rencontres par les projets que je mets en place me confirment que je suis bien là où je suis.

AUDREY

Audrey Guimard, quel est votre parcours?

J’ai une formation en histoire de l’art et archéologie avec une spécialisation en égyptologie et Grèce antique. J’ai par la suite intégré une école d’arts appliqués et de scénographie en théâtre et cinéma, puis j’ai dévié vers la muséographie et la scénographie évènementielle. Mais très vite, tous ces matériaux que nous utilisions de façon éphémère et que nous jetions à la benne une fois l’évènement terminé m’ont amené à un problème éthique. Il fallait que j’opère un changement et je suis devenue aussi maman. Enfant et adolescente j’ai grandi en toute liberté dans un tout petit village de montagne, je construisais des cabanes, j’avais des chevaux, je dessinais, je bricolais, tout cela reste gravé en moi. J’ai toujours partagé mon temps entre les projets en agences et ma pratique personnelle à l’atelier, après cette prise de conscience radicale, j’ai réalisé que c’était l’endroit où j’étais vraiment heureuse et qu’il fallait que je développe mes propres projets en accord avec ma sensibilité écologique, artistique et mes choix de vie!

En quoi vous reconnaissez vous dans les collections de Valentine Gauthier?

Son univers est élégant et fort, ses couleurs vibrantes, ses matières raffinées.

Dans mon travail j’appréhende les volumes, je suis sensible à la coupe d’un vêtement, à son architecture.

Quand on se déplace, le vêtement danse, occupe l’espace, les créations de Valentine se distinguent aussi par leur mouvement, comme des sculptures mobiles qui captent la lumière.

Quel est votre rapport à la mode aujourd’hui? a-t’il changé?

Même si suis toujours autant admirative des belles créations, ma situation financière ne me permet pas de m’offrir des pièces rêvées! Mes économies vont essentiellement dans l’achat de matériel et de matériaux pour mes projets. Si je dois choisir entre une scie alligator et une paire de chaussures le choix est tout fait. Même si je fais attention à mon budget, je ne consomme pas la fast-fashion tout comme je ne mets pas les pieds dans les grandes surface. C’est un choix de vie que j’applique à tous les niveaux.

Croyez-vous, vous aussi, que rien ne sera plus comme avant ?

Oui, définitivement et ce phénomène est accéléré par la crise sanitaire que nous vivons. Il y a je pense une prise de conscience du vivant et un éveil collectif. On réalise tous, plus ou moins intensément que l’on arrive à la d’un système qui appartient au passé. J’ai le sentiment que la spiritualité se développe et que nous allons vers plus de solidarité. J’était très proche de ma grand – mère, qui était d’un milieu modeste. A son époque on cousait ses propres vêtements, on les arrangeait pour les faire durer. On bannissait le gaspillage, on cuisinait les restes… il faut revenir à ce bon sens et à une joie frugale.

Dans le fameux monde d’après , de quel élément du monde d’avant ne pourriez-vous pas vous passer?

Je garderai les essentiels, chacun à sa jauge bien sûr: en vêtement pour moi ce serait un 501 que je porte tout le temps . J’en ai que je porte depuis 15 ans. Je les rafistole, je les rapièce de partout.

Regardez-vous systématiquement le made in d’un vêtement ou d’un accessoire ? Êtes-vous sensible aux démarches d’upcycling?

Oui, toujours! Les matières sont très importantes pour moi et bien sûr leur provenance.

Je ne suis pas une fashionista et je vis avec peu. J’achète des pièces qui durent, de la qualité que je garde longtemps ! Je vis avec l’essentiel, et ce que je fais pour ma garde-robe je le fais pour tout. Je veille à rendre mon mode de vie cohérent, par exemple je pars en vacances en train et principalement en France. Quand je pars à l’étranger c’est le plus clair du temps pour des projets professionnels ou des résidences artistiques.

Aimez-vous porter des couleurs? Lesquelles ?

J’aime les couleurs. Dans mon travail je suis immergée dans les matières issues de la nature aux couleurs claires et ocres, ambrées mais j’utilise également le vert chlorophylle et les bleus, ces couleurs m’inspirent et m’apaisent. Les couleurs de Valentine m’énergisant, elles sont vibrantes, les verts profonds, les rouges, les roses puissants, c’est vivifiant et très féminin.

Je suis d’ailleurs tombée en amour pour la combinaison rose que je porte sur la photo. Elle a ce côté flamboyant qui insuffle de la force! la couleur est audacieuse, elle métamorphose la journée. C’est cela aussi le rôle d’un vêtement de donner un pouvoir et de la magie!